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Publié : 10 janvier
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Une scène de MATIN BRUN par Léa

À partir de la nouvelle MATIN BRUN, Léa, 3e 3, a imaginé la scène où le narrateur - qui est soumis à l’État « brun », rencontre un petit garçon dont le chien a été tué, car il était blanc.

Bien sûr, je pensais au petit garçon que j’avais croisé sur le trottoir d’en face, et qui pleurait son caniche blanc, mort à ses pieds. J’étais donc venu à côté de lui. Je m’étais assis sur le trottoir avec lui. Je l’écoutais pleurer. Je n’osais pas parler. En même temps qu’est-ce que je pouvais bien lui dire ? Je trouvais que pleurer pour son chien était assez ridicule, mais ce petit me faisait de la peine. Le garçon devait avoir entre neuf et douze ans. Je ne sais pas je ne lui avais pas demandé. C’est lui qui commença à me parler. Il me dit en pleurant :
- Pourquoi restez-vous à côté de moi ?

J’avoue que, à ce moment-là, je m’étais posé la même question. Pourquoi est-ce que je le regardais comme ça ? Pourquoi je restais assis à côté de lui sans bouger ? Alors je lui demandai :
- Pourquoi tu pleures ?
Il me répondit toujours en larmes :

- C’était mon chien. Ils sont venus me voir. J’étais en train de me promener avec lui lorsqu’ils m’ont donné une boule en me disant que c’était pour lui et qu’il devait la manger. Alors je lui ai donné. Deux minutes plus tard il s’est couché par terre comme pour s’endormir et il ne s’est plus relevé. J’ai donc compris qu’ils l’avaient tué.

- Qui ça « ils » ?

Et là, il s’arrêta de pleurer en me regardant avec de la colère dans les yeux et il me répondit sèchement : - La milice !

Je savais très bien de qui il parlait avant de me le dire mais je voulais en être sûr. Ensuite nous parlâmes des nouvelles lois sur les chiens.
- Cela ne se fait pas ! me disait-il, Ils n’ont pas le droit ! Je n’ai rien fait !

J’étais surpris de tout ce qu’il me disait. Je ne pensais pas qu’un gamin de cet âge-là pouvait dire autant de choses négatives sur les lois et la milice. Je me disais que lui et ses parents auraient de gros problèmes si la milice entendait ce qu’il me disait. Surtout les parents parce que ce n’était pas le petit garçon tout seul qui pouvait penser tout ça.

- De toute façon je me vengerai un jour ou l’autre ! criait-il.

Je commençais à avoir honte de ce qu’il disait car je ne voulais pas que l’on pense que j’étais pour lui, que j’étais d’accord avec lui. Et puis je ne pensais pas ce qu’il me disait, alors je lui répondis :
- Cela ne sert à rien de pleurer tu étais prévenu, ils avaient dit de ne plus avoir de chien non brun. Et en plus tu n’as qu’à en racheter un brun cette fois.
- Mais je ne veux pas me laisser faire ! Qu’est-ce que cela peut leur faire d’avoir un chien brun ou non ! C’étaient d’abord les chats, maintenant ce sera quoi, tous les autres animaux c’est ça ?

Il ne faisait que crier, je regardais autour de moi. Je voulais à ce moment-là devenir tout petit. Je ne faisais que de dire qu’il n’avait pas à parler comme ça et qu’il pouvait en acheter un autre brun, que ce n’était pas grave, que ça passerait. Plus je lui disais ça, plus il s’énervait, plus il criait et plus il pleurait. Je commençais moi aussi à m’énerver. C’était qui crierait le plus fort. Les gens autour de nous nous regardaient mais heureusement la rue dans laquelle on était il n’y avait pas beaucoup de passants. Je répétais :
- Tu n’as qu’à demander à tes parents ils t’en rachèteront un !

Et d’un coup il se leva et il partit sans un mot. Il m’avait laissé sur le trottoir puis je partis de mon côté. C’était la dernière fois que je le voyais. Je ne sais ce qu’il était devenu.

Léa, 3e 3