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Publié : 11 juin 2009
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Nouvelle réaliste de Marion

Il était 9 heures du matin, mon réveil sonna bruyamment. C’était un dimanche matin, dimanche 13 février pour être exact. La perspective d’un 14 février à passer seul, une fois de plus, me fit soupirer et je laissai ma tête tomber lourdement sur mon oreiller.

Je somnolais encore lorsque mon téléphone sonna. Personne, d’ordinaire, ne pourrait trouver une bonne raison de m’appeler un Dimanche et je dis bien « d’ordinaire » car à ce moment-là, rien n’était ordinaire. Les gens, les odeurs, les sons et même les goûts, tout me paraissait différent depuis quelque temps, même mon chat, que j’avais depuis plus de cinq ans me paraissait différent. Lorsqu’il me regardait, je me sentais gêné, et j’évitais de croiser ses deux billes couleur perle. Le fait que la seule présence de mon chat me rende anxieux était stupide, je l’avoue. Cela restait inexplicable, jusqu’à ce que le « bip » du répondeur se fasse entendre.
« Eden ? C’est maman. Rappelle-moi, j’ai quelque chose à t’apprendre. »
Je poussais un horrible gémissement, j’en avais assez que ma mère veuille à tout prix s’immiscer dans ma vie, enfin, ma belle-mère, celle qui veut aussi à tout prix remplacer ma vraie mère. Après plusieurs grommellements de ma part, je me levai péniblement et jetai un œil à mon réveil.

« 9h15, je file au café. »

Le café était l’endroit où tous les dimanches, je profitais du peu de calme que m’offrait la table du fond. D’habitude j’y étais déjà assis depuis seize minutes, mais je vous l’ai dit, tout est différent. Et ce matin, l’ennui me retenait. Il m’avait étreint et semblait ne pas vouloir me laisser sortir. Pourtant, je me défis de cette étreinte et sortis, non sans aucun mal. Je vivais seul dans ce grand appartement, seul depuis seulement quelques jours. Il restait des traces de son départ précipité. Cela peut surprendre quand j’ose murmurer que ce n’était ni elle, ni moi qui avions rompu, mais que c’est la vie qui nous a séparés.

Alexielle, de son frêle prénom, en avait eu assez de mes manières d’automate fatigué, aussi bien en public qu’en privé, et je ne supportais plus ses crises incessantes. Il y avait de cela deux jours, elle m’avait appelé et m’avait dit qu’elle rentrait chez son père et qu’elle ne reviendrait pas. J’avais accepté que cela se finisse ainsi, car si elle ne partait pas, je l’aurais fait à sa place. Mon père n’a de cesse de me répéter de sa voix d’ogre qu’« à 26 ans déjà ; un homme se doit d’avoir une femme à ses côtés ! ». Le problème c’est que mon père me confond toujours avec Elijah, mon frère. Moi je n’ai que 23 ans et je ne suis pas près de devenir un homme.

Comme toujours, Ben, le propriétaire du café, m’accueillit avec un grand sourire. Mais cette fois, il frottait avec plus d’insistance ses tasses de cafés jaunies. J’osais lancer un sympathique mais hésitant :
« Quelque chose ne va pas Ben ? »
Ben fit une moue suggestive en direction de la table du fond et répondit :
« Ce gamin-là, s’est installé à ta place. »
Je jetai un œil à la tache sombre accoudée à la banquette de cuir craquelé. Puis Ben ajouta en fronçant les sourcils :
« Il a prétendu te connaître... »

Je plissai les yeux dans l’espoir d’en apercevoir un petit peu plus de cette silhouette que le coude à la musculature peu prononcée. J’adressai un vague merci à Ben et me dirigeai vers la banquette. Etrangement, les battements de mon cœur se mirent à s’affoler lorsque j’aperçus la fine carcasse qui s’étalait en vain sur cette banquette ridiculement trop grande pour celle-ci. Mon cœur se renversa lorsque je croisai son regard. Un regard gris, gris comme la lueur pâle d’une perle. Et des filets d’un bleu éclatant parsemaient par milliers sa pupille. Je crus que mon cœur allait chavirer. Tout était tellement différent, je vous dis. Je n’avais jamais aimé les hommes auparavant, ou plutôt, je ne m’étais jamais intéressé aux hommes. Je ne lui donnais pas plus de dix-huit ans. Il avait les courbes juvéniles d’une jeune femme et la lueur malicieuse au creux de ses iris d’une petite danseuse insouciante. Et ses cheveux bruns qui entouraient son front en formant des boucles souples lui donnaient un air tellement fragile. J’aurais voulu lui dire que je n’avais jamais rien vu d’aussi beau, mais les mots restaient prisonniers au creux de mes lèvres. Il leva un sourcil et sa moue observatrice faillit m’achever. Et il se mit soudainement à rire. Un rire mélodieux, doux chant qui caressa mes oreilles. Et lorsqu’il riait, ses traits s’adoucissaient, et il paraissait encore plus jeune. Le jeune homme posa alors ses deux iris brut sur moi et je me sentis pétrifié. Il posa ses mains croisées sur la table vernie et je les détaillai. Ses doigts étaient extrêmement fins, ils donnaient l’impression de se briser à chacun de ses mouvements. Je levai la tête vers son visage, tout tremblant, et il me sourit. Je tressaillis. Il était si beau. J’eus peur d’en être tombé amoureux. Je ne devais pas, je regretterais. Il sembla réfléchir quelques instants et lança d’une voix suave et coupable :
« Excusez-moi d’avoir ri, c’était votre expression qui m’avait amusé... »
Il se mordilla les lèvres et je fis de même, craignant que mon cœur ne s’emballe encore. Il reprit alors :
« J’ai dû dire au propriétaire que je vous connaissais pour avoir la chance de m’asseoir ici. J’espère que vous me pardonnez... »
Et encore ce sourire, je lui aurais tout pardonné. J’étais presque sûr que ce garçon me traînerait à la tombe avec ses airs angéliques. Il avait crucifié mon cœur et je me nourrissais de ses regards et de ses sourires. Je me fichais de savoir son âge ou bien même son nom, je voulais simplement que cet instant dure toujours.
« Jude... »
Je sursautai. Il sourit.
« Jude, c’est mon nom. »
Je ne fus pas surpris qu’il porta un prénom mixte, ses traits étaient si fins que l’on pouvait facilement le prendre pour une fille. Et cette fois, je lui donnais seize ans tout au plus. Mais j’espérais qu’il en ait bien plus. J’espérais de tout cœur. D’un geste hésitant, j’approchai ma main des siennes. Mais c’est lui qui prit la mienne. Sa peau était douce et veloutée. La chaleur humaine me fit frissonner jusqu’au creux des reins. Il s’approcha et me murmura :
« Demain, je fêterai mes 21 ans, et ce qui me ferait le plus plaisir, c’est de passer ma journée en votre compagnie. Êtes-vous d’accord ? »
Son sourire me fit fondre. Mon regard s’accrocha à ses lèvres. Le fait qu’il ait 21 ans me rassura autant que cela m’intrigua. Son visage avait des traits bien trop doux pour être celui d’un adulte. Mais cela ne me déplaisait pas. Jude lâcha ma main et je compris qu’il allait devoir s’en aller. Il se leva et avant de partir me lança :
« J’attendrai votre réponse demain. »

J’en déduisis qu’il serait là le lendemain. Je m’attendais à un baiser, mais il n’en fit rien. J’en fus déçu et lorsqu’il franchit la porte du café, quelque chose me dit que je ne le reverrais peut-être pas le lendemain.
Je quittai à mon tour le café dans un état second. Ben me fit remarquer que je n’avais rien commandé, mais je l’ignorai. Je n’arrêtais pas de penser à ce gamin, à son sourire, à sa voix, à ses boucles brunes qui se balançaient paisiblement au-dessus de son front pâle. Je pensais que si demain était son anniversaire, je devrais lui offrir quelque chose. Mais je rentrai chez moi sans avoir dépensé d’argent. Je m’installai dans mon canapé et allumai la télévision en sourdine. Les images défilaient à l’écran, et je n’y prêtais aucunement attention. Je revoyais le visage de Jude sur chacune des personnes que j’apercevais à l’écran. Et je me rendormis.

Je me rendis compte, finalement, qu’Alexielle me manquait. Et que Jude n’avait servi qu’à alimenter cette impression. Car tout était différent. Tout était différent depuis son départ, celui d’Alexielle...


Marion, 3e 2

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